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L'Héritage Mystérieux - 5

Précédemment

Il fit un pas encore, prit dans ses bras l’enfant endormi, et lança la frêle créature par-dessus le parapet.
Deux secondes après, un bruit sourd qui monta des profondeurs de l’Océan lui apprit que la vague avait reçu et englouti sa proie.
L’enfant n’avait pas même jeté un cri en s’éveillant dans le vide.
Pendant quelques minutes, Felipone demeura immobile et saisi d’une étrange fièvre à la place même où il avait commis son forfait ; puis le misérable eut peur et voulut fuir ; puis encore le sang-froid qui caractérise les grands criminels lui revint, et il comprit qu’il se trahirait s’il fuyait. Alors, d’un pas mal assuré encore, mais déjà le front calme, il quitta la plate-forme sur la pointe du pied et se dirigea vers l’appartement de sa femme, laissant enfin résonner ses éperons et le

L'Héritage Mystérieux - 5

Prologue IV

La comtesse s’était précipitée hors de sa chambre, demandant son fils à tous les échos, et son mari l’avait suivie, manifestant à son tour une vive inquiétude, car l’enfant avait coutume de revenir à sa mère aussitôt qu’il avait joué. 

Les cris de la comtesse eurent bientôt mis tout le château en rumeur. Les domestiques accoururent. Aucun n’avait vu le petit Armand depuis l’instant où sa mère l’avait laissé sur la plate-forme. 

On explora le château, le jardin, le parc ; l’enfant n’était nulle part. 

Deux heures s’écoulèrent au milieu de ces recherches infructueuses. La comtesse, éperdue, tordait ses mains de désespoir, et son œil ardent semblait vouloir scruter jusqu’au fond du cœur de Felipone, qu’elle regardait déjà comme le meurtrier de son fils, et deviner ainsi ce qu’il en avait fait. 

Mais l’Italien jouait si bien l’affliction la plus profonde, il y avait dans sa voix et dans son geste tant de naïf désespoir et d’étonnement, que la mère, une fois de plus, crut qu’elle obéissait à cette insurmontable aversion qu’elle éprouvait pour son mari, en l’accusant de la disparition de son fils. 

Tout à coup un domestique arriva tenant à la main le petit chapeau de l’enfant orné d’une plume blanche, et qui était tombé de sa tête à la rive de la plate-forme durant son sommeil. 

– Ah ! le malheureux ! exclama Felipone avec un accent auquel se méprit la pauvre mère, il aura escaladé le parapet... 

Mais au moment où la comtesse reculait d’épouvante à ces paroles et à la vue de cet objet qui semblait en confirmer la sinistre vérité, un homme apparut sur le seuil de la salle où se trouvaient alors les deux époux, et, à la vue de cet homme, le comte Felipone recula frappé de stupeur et devint livide. 

Prologue V

Le personnage qui venait d’apparaître était un homme d’environ trente-six ans, vêtu d’une longue redingote bleue ornée d’un ruban rouge, et comme en portaient alors les soldats de l’Empire mis de côté par la Restauration. 

Cet homme était de haute taille, un feu sombre brillait dans son regard, éclairant d’un reflet indigné son visage pâle de courroux. 

Il fit trois pas à la rencontre de Felipone, qui reculait épouvanté, étendit la main vers lui, et lui cria : 

– Assassin ! assassin ! 

– Bastien ! murmura Felipone saisi de vertige. 

– Oui, répéta le hussard, car c’était lui, Bastien que tu as cru tuer raide, et qui n’est pas mort... Bastien, que les Cosaques ont trouvé gisant dans son sang, une heure après ta fuite et ton double crime, et à qui ils ont sauvé la vie... Bastien, prisonnier des Russes pendant quatre ans et qui, libre enfin, vient te demander compte du sang de son colonel dont tes mains sont couvertes... 

Et comme Felipone, foudroyé, reculait toujours devant cette apparition terrible, Bastien regarda la comtesse et lui dit : 

– Cet homme, madame, ce misérable, il a tué l’enfant comme il a tué le père. 

La comtesse comprit. 

Alors la mère, éperdue et folle naguère, devint une tigresse en présence de l’assassin de son enfant ; elle s’élança sur lui pour le déchirer avec ses ongles, en criant : 

– Assassin ! assassin ! l’échafaud t’attend... je te livrerai moi-même au bourreau !... 

Mais alors, comme l’infâme reculait toujours, la mère poussa un cri et sentit remuer quelque chose au fond de ses entrailles...

Elle poussa un cri et s’arrêta, pâle, chancelante, brisée... 

L’homme qu’elle voulait dénoncer à la vindicte des lois, l’homme qu’elle voulait traîner sur les marches de l’échafaud, ce misérable, cet infâme était le père de cet autre enfant qui commençait à s’agiter dans ses flancs. 

A suivre...

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