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L'Héritage Mystérieux - 13

Précédemment :

– Après ? après ? demanda Bastien haletant.
– Après ?... J’ai fait suivre cet homme... j’ai appris qu’il se nommait Armand, qu’il était artiste, ignorait sa naissance et ne se souvenait que d’une chose, c’est que des pêcheurs l’avaient recueilli dans leur barque au moment où il se noyait.
Bastien se dressa à ces derniers mots de toute sa hauteur devant le moribond.
– Eh bien, dit-il, si tu veux voir ton fils une dernière fois, misérable, si tu ne veux pas que, preuves en main et par un procès scandaleux, je déshonore ta mémoire, il faut que tu restitues sur-le-champ cette fortune dont tu jouis et que tu as volée. Il faut que, par un écrit authentique, signé de ta main, tu avoues que la fortune dont tu jouis tu l’as volée, et que l’homme dépouillé vit encore ; car il faudra bien que je l

L'Héritage Mystérieux - 13

Prologue IX - Suite

– C’est inutile, murmura le vieillard ; je n’ai hérité des biens du colonel de Kergaz que par la mort supposée de l’enfant ; mais l’enfant n’a qu’à reparaître pour que la loi le remette en possession. 

– C’est juste, murmura Bastien ; mais comment constater que c’est lui ? 

Le mourant étendit la main vers un coffret placé sur un guéridon. 

– En père, dit-il, pris de remords, j’ai écrit l’histoire de mon crime, et je l’ai jointe à tous les papiers qui peuvent faire reconnaître l’enfant. 

Bastien prit le coffret et le porta au vieillard, qui l’ouvrit d’une main tremblante, et en retira une liasse de papiers qu’il parcourut rapidement des yeux. 

– C’est bien, dit-il, je retrouverai l’enfant. 

Puis il ajouta d’une voix émue : 

– Je te pardonne... et tu verras ton fils une dernière fois. 

Et Bastien s’élança hors de la chambre où le vieillard allait bientôt rendre le dernier soupir, et, se jetant dans une voiture qui attendait tout attelée en bas du perron, il cria au cocher : 

– Barrière Pigalle, et ventre à terre ! 

Le mourant, resté seul, et en qui ne survivait plus déjà qu’un désir ardent et unique, « voir son fils ! » se cramponna à la vie avec acharnement, et il attendit, luttant contre l’agonie, le retour de Bastien. Une heure s’écoula, une porte s’ouvrit, et comme si Dieu eût voulu infliger un dernier et terrible châtiment à cet homme, son fils apparut en costume de bal masqué dans cette salle où la mort apparaissait déjà dans un coin. 

– Ah ! murmura Felipone, dont cette apparition hâtait la dernière heure, c’en est trop ! 

Et il fit un brusque mouvement, se retourna la face vers la ruelle et mourut avant que son fils fût arrivé jusqu’à lui. 

Andréa lui prit la main et la souleva, la main retomba inerte sur la courtine blanche du lit. Il appuya la sienne sur le cœur du malade, le cœur avait cessé de battre. 

– Il est mort ! dit-il froidement et sans qu’une larme vînt mouiller ses yeux ; c’est dommage, en vérité, que la pairie ait cessé d’être héréditaire... 

Telle fut l’oraison funèbre du comte. 

Mais une voix tonnante se fit entendre sur le seuil de la porte ; Andréa se retourna brusquement et recula d’un pas. 

Deux hommes franchissaient la porte de la salle : l’un était Bastien, l’autre Armand le sculpteur. 

– La pairie n’est plus héréditaire, disait Bastien, mais le bagne attend les fils de pair comme toi, misérable ! 

Et cet homme qui, pendant trente années, avait courbé le front devant Andréa, cet homme se redressa ; et montrant au fils dénaturé le cadavre du père d’abord, la porte ensuite, et enfin l’artiste qui était demeuré sur le seuil : 

– Monsieur le vicomte Andréa, dit-il, votre père avait assassiné le premier époux de votre mère, puis jeté à la mer votre frère aîné. Ce frère, poursuivit Bastien, ce frère n’est pas mort... le voilà ! 

Et il montrait alors Armand à Andréa, qui reculait foudroyé. 

– Ce frère, acheva-t-il, votre père repentant, à sa dernière heure, lui a rendu cette fortune qu’il avait volée et qui devait vous échoir. Vous êtes ici chez M. le comte Armand de Kergaz, et non chez vous... Sortez !... 

Et comme Andréa, frappé de stupeur, reculait et regardait Armand avec épouvante, celui-ci fit un pas vers lui, le saisit brusquement par la main, le conduisit vers une croisée de laquelle on apercevait Paris tout entier, comme on l’apercevait aussi de cette terrasse où les deux frères s’étaient rencontrés une heure plus tôt, et, ouvrant cette croisée, il étendit la main : 

– Regarde, dit-il, le voilà, ce Paris où tu voulais être le génie du mal avec ton immense fortune ; moi, j’y serai le génie du bien ! Et maintenant, sors d’ici, car j’oublierai peut-être que nous avons eu la même mère, pour ne me souvenir que de tes crimes et de la femme que tu as assassinée... Sors ! 

Armand parlait en maître, et pour la première fois, peut-être, Andréa se sentait dominé et tremblant, et il obéit. Il sortit lentement, comme un tigre blessé qui se retire à reculons et menaçant encore, et puis, du seuil de la porte, promenant à son tour un regard par la croisée entrouverte sur Paris, que commençaient à baigner les premières clartés de l’aube, il s’écria, comme s’il eût jeté un terrible et suprême défi à Armand : 

– À nous deux, donc, frère vertueux ! nous verrons qui l’emportera entre nous, du philanthrope ou du bandit, de l’enfer ou du ciel... Paris sera notre champ de bataille ! 

Et il sortit la tête haute, un rire infernal aux lèvres, abandonnant, comme l’impie don Juan, sans verser une larme, la maison qui n’était plus à lui, et où son père venait de rendre le dernier soupir. 

Fin du prologue

A suivre...

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