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Un Chant de Noël - 22

Un Chant de Noël - 22

« Sont-elles bonnes ou mauvaises ? dit-elle pour l'aider. - Mauvaises, répondit-il.

- Sommes-nous tout à fait ruinés ?

- Non, Caroline. il y a encore de l'espoir.

- S'il se laisse toucher, dit-elle toute surprise ; après un tel miracle, on pourrait tout espérer, sans doute.

- Il ne peut plus se laisser toucher, dit le mari ; il est mort. »

C'était une créature douce et patiente que cette femme. On le voyait rien qu'à sa figure, et cependant elle ne put s'empêcher de bénir Dieu au fond de son âme à cette annonce imprévue, ni de le dire en joignant les mains. L'instant d'après, elle demanda pardon au ciel, car elle en avait regret ; mais le premier mouvement partait du cœur.

« Ce que cette femme à moitié ivre, dont je vous ai parlé hier soir, m'a dit, quand j'ai essayé de le voir pour obtenir de lui une semaine de délai, et ce que je regardais comme une défaite pour m'éviter est la vérité pure ; non seulement il était déjà fort malade, mais il était mourant.

- À qui sera transférée notre dette ?

- Je l'ignore. Mais, avant ce temps, nous aurons la somme, et, lors même que nous ne serions pas prêts, ce serait jouer de malheur si nous trouvions dans son successeur un créancier aussi impitoyable. Nous pouvons dormir cette nuit plus tranquilles, Caroline !»

Oui, malgré eux, leurs cœurs étaient débarrassés d'un poids bien lourd. Les visages des enfants groupés autour d'eux, afin d'écouter une conversation qu'ils comprenaient si peu, étaient plus ouverts et animés d'une joie plus vive ; la mort de cet homme rendait un peu de bonheur à une famille ! La seule émotion causée par cet événement, dont le spectre venait de rendre Scrooge témoin, était une émotion de plaisir.

« Esprit, dit Scrooge, faites-moi voir quelque scène de tendresse étroitement liée avec l'idée de la mort ; sinon cette chambre sombre, que nous avons quittée tout à l'heure, sera toujours présente à mon souvenir. »

Le fantôme le conduisit au travers de plusieurs rues qui lui étaient familières ; à mesure qu'ils marchaient, Scrooge regardait de côté et d'autre dans l'espoir de retrouver son image, mais nulle part il ne pouvait la voir. Ils entrèrent dans la maison du pauvre Bob Cratchit, cette même maison que Scrooge avait visitée précédemment, et trouvèrent la mère et les enfants assis autour du feu. Ils étaient calmes, très calmes. Les bruyants petits Cratchit se tenaient dans un coin aussi tranquilles que des statues, et demeuraient assis, les yeux fixés sur Pierre, qui avait un livre ouvert devant lui. La mère et ses filles s'occupaient à coudre. Toute la famille était bien tranquille assurément ! « Et il prit un enfant, et il le mit au milieu d'eux. »

Où Scrooge avait-il entendu ces paroles ? Il ne les avait pas rêvées. Il fallait bien que ce fut l'enfant qui les avait lues à haute voix, quand Scrooge et l'esprit franchissaient le seuil de la porte. Pourquoi interrompait-il sa lecture ?

La mère posa son ouvrage sur la table et se couvrit le visage de ses mains. « La couleur de cette étoffe me fait mal aux yeux, dit-elle.

- La couleur ? Ah ! pauvre Tiny Tim !

- Ils sont mieux maintenant, dit la femme de Cratchit. C'est sans doute de travailler à la lumière qui les fatigue, mais je ne voudrais pour rien au monde laisser voir à votre père, quand il rentrera, que mes yeux sont fatigués. Il ne doit pas tarder, c'est bientôt l'heure.

- L'heure est passée, répondit Pierre en fermant le livre. Mais je trouve qu'il va un peu moins vite depuis quelques soirs, ma mère. »

La famille retomba dans son silence et son immobilité. Enfin, la mère reprit d'une voix ferme, dont le ton de gaieté ne faiblit qu'une fois :

« J'ai vu un temps où il allait vite, très vite même, avec... avec Tiny Tim sur son épaule. - Et moi aussi, s'écria Pierre ; souvent.

- Et moi aussi, » s'écria un autre.

Tous répétèrent : « Et moi aussi.

- Mais Tiny Tim était très léger à porter, reprit la mère en retournant à son ouvrage ; et puis son père l'aimait tant que ce n'était pas pour lui une peine... oh ! non. Mais j'entends votre père à la porte ! »

Elle courut au-devant de lui. Le petit Bob entra avec son cache-nez ; il en avait bien besoin, le pauvre père. Son thé était tout prêt contre le feu, c'était à qui s'empresserait pour le servir. Alors les deux petits Cratchit grimpèrent sur ses genoux, et chacun d'eux posa sa petite joue contre les siennes, comme pour lui dire : « N'y pensez plus, mon père ; ne vous chagrinez pas ! »

Bob fut très gai avec eux, il eut pour tout le monde une bonne parole : il regarda l'ouvrage étalé sur la table et donna des éloges à l'adresse et à l'habileté de Cratchit et de ses filles.

« Ce sera fini longtemps avant dimanche, dit-il.

- Dimanche ! Vous y êtes donc allé aujourd'hui, Robert ? demanda sa femme.

- Oui, ma chère, répondit Bob. J'aurais voulu que vous eussiez pu y venir : cela vous aurait fait du bien de voir comme l'emplacement est vert. Mais vous irez le voir souvent. Je lui avais promis que j'irais m'y promener un dimanche... Mon petit, mon petit enfant ! s'écria Bob ! Mon cher petit enfant ! »

Il éclata tout à coup, sans pouvoir s'en empêcher. Pour qu'il pût s'en empêcher, il n'aurait pas fallu qu'il se sentit encore si près de son enfant.

Il quitta la chambre et monta dans celle de l'étage supérieur, joyeusement éclairée et parée de guirlandes comme à Noël. Il y avait une chaise placée tout contre le lit de l'enfant, et l'on voyait à des signes certains que quelqu'un était venu récemment l'occuper. Le pauvre Bob s'y assit à son tour ; et, quand il se fut un peu recueilli, un peu calmé, il déposa un baiser sur ce cher petit visage. Alors il se montra plus résigné à ce cruel événement, et redescendit presque heureux... en apparence.

La famille se rapprocha du feu en causant ; les jeunes filles et leur mère travaillaient toujours. Bob leur parla de la bienveillance extraordinaire que lui avait témoignée le neveu de M. Scrooge, qu'il avait vu une fois à peine, et qui, le rencontrant ce jour-là dans la rue et le voyant un peu... un peu abattu, vous savez, dit Bob, s'était informé avec intérêt de ce qui lui arrivait de fâcheux. Sur quoi, poursuivit Bob, car c'est bien le monsieur le plus affable qu'il soit possible de voir, je lui ai tout raconté. - Je suis sincèrement affligé de ce que vous m'apprenez, monsieur Cratchit, dit-il, pour vous et pour votre excellente femme. À propos, comment a-t-il pu savoir cela, je l'ignore absolument.

- Savoir quoi, mon ami ?

- Que vous étiez une excellente femme.

- Mais tout le monde ne le sait-il pas ? dit Pierre.

- Très bien répliqué, mon garçon ! s'écria Bob. J'espère que tout le monde le sait. « Sincèrement affligé, disait-il, pour votre excellente femme ; si je puis vous être utile en quelque chose, ajouta-t-il en me remettant sa carte, voici mon adresse. Je vous en prie, venez me voir.» Eh bien ! j'en ai été charmé, non pas tant pour ce qu'il serait en état de faire en notre faveur, que pour ses manières pleines de bienveillance. On aurait dit qu'il avait réellement connu notre Tiny Tim, et qu'il le regrettait comme nous.

A suivre...

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