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Un Chant de Noël - 23

Un Chant de Noël - 23

- Je suis sûre qu'il a un bon cœur, dit Mme Cratchit.

- Vous en seriez bien plus sûre, ma chère amie, reprit Bob, si vous l'aviez vu et que vous lui eussiez parlé. Je ne serais pas du tout surpris, remarquez ceci, qu'il trouvât une meilleure place à Pierre.

- Entendez-vous, Pierre ? dit Mme Cratchit.

- Et alors, s'écria une des jeunes filles, Pierre se mariera et s'établira pour son compte. - Allez vous promener, repartit Pierre en faisant une grimace.

- Dame ! cela peut être ou ne pas être, l'un n'est pas plus sûr que l'autre, dit Bob. La chose peut arriver un de ces jours, quoique nous ayons, mon enfant, tout le temps d'y penser. Mais, de quelque manière et dans quelque temps que nous nous séparions les uns des autres, je suis sûr que pas un de nous n'oubliera le pauvre Tiny Tim; n'est-ce pas, nous n'oublierons jamais cette première séparation ?

- Jamais, mon père, s'écrièrent-ils tous ensemble.

- Et je sais, dit Bob, je sais, mes amis, que, quand nous nous rappellerons combien il fut doux et patient, quoique ce ne fût qu'un tout petit, tout petit enfant, nous n'aurons pas de querelles les uns avec les autres, car ce serait oublier le pauvre Tiny Tim.

- Non, jamais, mon père ! répétèrent-ils tous.

- Vous me rendez bien heureux, dit le petit Bob, oui, bien heureux ! »

Mme Cratchit l'embrassa, ses filles l'embrassèrent, les deux petits Cratchit l'embrassèrent, Pierre et lui se serrèrent tendrement la main. Âme de Tiny Tim, dans ton essence enfantine tu étais une émanation de la divinité !

« Spectre, dit Scrooge, quelque chose me dit que l'heure de notre séparation approche. Je le sais, sans savoir comment elle aura lieu. Dites-moi quel était donc cet homme que nous avons vu gisant sur son lit de mort ?»

Le fantôme de Noël futur le transportai comme auparavant (quoique à une époque différente, pensait-il, car ces dernières visions se brouillaient un peu dans son esprit ; ce qu'il y voyait de plus clair, c'est qu'elles se rapportaient à l'avenir), dans les lieux où se réunissent les gens d'affaires et les négociants, mais sans lui montrer son autre lui-même. À la vérité, l'esprit ne s'arrêta nulle part, mais continua sa course directement, comme pour atteindre plus vite au but, jusqu'au moment où Scrooge le supplia de s'arrêter un instant.

« Cette cour, dit-il, que nous traversons si vite, est depuis longtemps le lieu où j'ai établi le centre de mes occupations. Je reconnais la maison ; laissez-moi voir ce que je serai un jour. »

L'esprit s'arrêta ; sa main désignait un autre point.

« Voici la maison là-bas, s'écria Scrooge. Pourquoi me faites-vous signe d'aller plus loin ?»

L'inexorable doigt ne changeait pas de direction. Scrooge courut à la hâte vers la fenêtre de son comptoir et regarda dans l'intérieur. C'était encore un comptoir, mais non plus le sien. L'ameublement n'était pas le même, la personne assise dans le fauteuil n'était pas lui. Le fantôme faisait toujours le geste indicateur.

Scrooge le rejoignit, et, tout en se demandant pourquoi il ne se voyait pas là et ce qu'il pouvait être devenu, il suivit son guide jusqu'à une grille de fer. Avant d'entrer, il s'arrêta pour regarder autour de lui.

Un cimetière. Ici, sans doute, gît sous quelques pieds de terre le malheureux dont il allait apprendre le nom. C'était un bien bel endroit, ma foi ! environné de longues murailles, de maisons voisines, envahi par le gazon et les herbes sauvages, plutôt la mort de la végétation que la vie, encombré du trop-plein des sépultures, engraissé jusqu'au dégoût. Oh ! le bel endroit !

L'esprit, debout au milieu des tombeaux, en désigna un. Scrooge s'en approcha en tremblant. Le fantôme était toujours exactement le même, mais Scrooge crut reconnaître dans sa forme solennelle quelque augure nouveau dont il eut peur. « Avant que je fasse un pas de plus vers cette pierre que vous me montrez, lui dit-il, répondez à cette seule question : Tout ceci, est-ce l'image de ce qui doit être, ou seulement de ce qui peut être ? »

L'esprit, pour toute réponse abaissa sa main du côté de la tombe près de laquelle il se tenait.

« Quand les hommes s'engagent dans quelques résolutions, elles leur annoncent certain but qui peut être inévitable, s'ils persévèrent dans leur voie. Mais, s'ils la quittent, le but change ; en est-il de même des tableaux que vous faites passer sous mes yeux ? »

Et l'esprit demeura immobile comme toujours. Scrooge se traîna vers le tombeau, tremblant de frayeur, et, suivant la direction du doigt, lut sur la pierre d'une sépulture abandonnée son propre nom : EBENEZER SCROOGE

« C'est donc moi qui suis l'homme que j'ai vu gisant sur son lit de mort ? » s'écria-t-il, tombant à genoux.

Le doigt du fantôme se dirigea alternativement de la tombe à lui et de lui à la tombe. « Non, esprit ! oh ! non, non ! »

Le doigt était toujours là.

« Esprit, s'écria-t-il en se cramponnant à sa robe, écoutez- moi ! je ne suis plus l'homme que j'étais ; je ne serai plus l'homme que j'aurais été si je n'avais pas eu le bonheur de vous connaître. Pourquoi me montrer toutes ces choses, s'il n'y a plus aucun espoir pour moi ? »

Pour la première fois, la main parut faire un mouvement.

«Bon esprit, poursuivit Scrooge toujours prosterné à ses pieds, la face contre terre, vous intercéderez pour moi, vous aurez pitié de moi. Assurez-moi que je puis encore changer ces images que vous m'avez montrées, en changeant de vie ! » La main s'agita avec un geste bienveillant.

« J'honorerai Noël au fond de mon cœur, et je m'efforcerai d'en conserver le culte toute l'année. Je vivrai dans le passé, le présent et l'avenir ; les trois esprits ne me quitteront plus, car je ne veux pas oublier leurs leçons. Oh ! dites-moi que je puis faire disparaître l'inscription de cette pierre ! » Dans son angoisse, il saisit la main du spectre. Elle voulut se dégager, mais il la retint par une puissante étreinte. Toutefois l'esprit, plus fort, encore cette fois, le repoussa.

Levant les mains dans une dernière prière, afin d'obtenir du spectre qu'il changeât sa destinée, Scrooge aperçut une altération dans la robe à capuchon de l'esprit, qui diminua de taille, s'affaissa sur lui-même et se transforma en colonne de lit.

A suivre...

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