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Un Chant de Noël - 24

Un Chant de Noël - 24

Chapitre V - Conclusion

C'était une colonne de lit. Oui, et de son lit encore et dans sa chambre bien mieux. Le lendemain lui appartenait pour s'amender et réformer sa vie !

« Je veux vivre dans le passé ; le présent et l'avenir ! répéta Scrooge en sautant à bas du lit. Les leçons des trois esprits demeureront gravées dans ma mémoire. Ô Jacob Marley ! que le ciel et la fête de Noël soient bénis de leurs bienfaits ! je le dis à genoux, vieux Jacob, oui, à genoux. » Il était si animé, si échauffé par de bonnes résolutions, que sa voix brisée répondait à peine au sentiment qui l'inspirait. Il avait sangloté violemment dans sa lutte avec l'esprit, et son visage était inondé de larmes.

« Ils ne sont pas arrachés, s'écria Scrooge embrassant un des rideaux de son lit, ils ne sont pas arrachés, ni les anneaux non plus. Ils sont ici, je suis ici ; les images des choses qui auraient pu se réaliser peuvent s'évanouir ; elles s'évanouiront, je le sais ! »

Cependant ses mains étaient occupées à brouiller ses vêtements ; il les mettait à l'envers, les retournait sens dessus dessous, le bas en haut et le haut en bas ; dans son trouble, il les déchirait, les laissait tomber à terre, les rendait enfin complices de toutes sortes d'extravagances.

« Je ne sais pas ce que fais ! s'écria-t-il riant et pleurant à la fois, et se posant avec ses bas en copie parfaite du Laocoon antique et de ses serpents. Je suis léger comme une plume ; je suis heureux comme un ange, gai comme un écolier, étourdi comme un homme ivre. Un joyeux Noël à tout le monde ! une bonne, une heureuse année à tous ! Holà ! hé ! ho ! holà ! »

Il avait passé en gambadant de sa chambre dans le salon, et se trouvait là maintenant, tout hors d'haleine.

«Voilà bien la casserole où était l'eau de gruau! s'écria-t-il en s'élançant de nouveau et recommençant ses cabrioles devant la cheminée. Voilà la porte par laquelle est entré le spectre de Marley ! voilà le coin où était assis l'esprit de Noël présent ! voilà la fenêtre où j'ai vu les âmes en peine : tout est à sa place, tout est vrai, tout est arrivé... Ah ! ah ! ah ! »

Réellement, pour un homme qui n'avait pas pratiqué depuis tant d'années, c'était un rire splendide, un des rires les plus magnifiques, le père d'une longue, longue lignée de rires éclatants !

« Je ne sais quel jour du mois nous sommes aujourd'hui ! continua Scrooge. Je ne sais combien de temps je suis demeuré parmi les esprits. Je ne sais rien : je suis comme un petit enfant. Cela m'est bien égal. je voudrais bien l'être, un petit enfant. Hé ! holà ! houp ! holà ! hé ! »

Il fut interrompu dans ses transports par les cloches des églises qui sonnaient le carillon le plus folichon qu'il eût jamais entendu. Ding, din, dong, boum ! boum, ding, din, dong ! Boum ! boum ! boum ! dong ! ding, din, dong ! boum ! « Oh ! superbe, superbe ! »

Courant à la fenêtre, il l'ouvrit et regarda dehors. Pas de brume, pas de brouillard ; un froid clair, éclatant, un de ces froids qui vous égayent et vous ravigotent, un de ces froids qui sifflent à faire danser le sang dans vos veines ; un soleil d'or ; un ciel divin ; un air frais et agréable ; des cloches en gaieté. Oh ! superbe, superbe !

« Quel jour sommes-nous aujourd'hui ? cria Scrooge de sa fenêtre à un petit garçon endimanché qui s'était arrêté peut-être pour le regarder.

- Hein ? répondit l'enfant ébahi.

- Quel jour sommes-nous aujourd'hui, mon beau garçon ? dit Scrooge. - Aujourd'hui ! repartit l'enfant ; mais c'est le jour de Noël.

- Le jour de Noël ! se dit Scrooge. Je ne l'ai donc pas manqué ! Les esprits ont tout fait en une nuit. Ils peuvent faire tout ce qu'ils veulent ; qui en doute ? certainement qu'ils le peuvent. Holà ! hé ! mon beau petit garçon !

- Holà ! répondit l'enfant.

- Connais-tu la boutique du marchand de volailles, au coin de la seconde rue ?

- Je crois bien !

Un enfant plein d'intelligence ! dit Scrooge. Un enfant remarquable ! Sais-tu si l'on a vendu la belle dinde qui était hier en montre ? pas la petite ; la grosse ?

- Ah ! celle qui est aussi grosse que moi ?

- Quel enfant délicieux ! dit Scrooge. Il y a plaisir à causer avec lui. Oui, mon chat ! - Elle y est encore, dit l'enfant.

- Vraiment ! continua Scrooge. Eh bien, va l'acheter !

- Farceur ! s'écria l'enfant.

- Non, dit Scrooge, je parle sérieusement. Va acheter et dis qu'on me l'apporte ; je leur donnerai ici l'adresse où il faut la porter. Reviens avec le garçon et je te donnerai un schelling. Tiens ! si tu reviens avec lui en moins de cinq minutes, je te donnerai un écu. »

L'enfant partit comme un trait. Il aurait fallu que l'archer eût une main bien ferme sur la détente pour lancer sa flèche moitié seulement aussi vite.

« Je l'enverrai chez Bob Cratchit, murmura Scrooge se frottant les mains et éclatant de rire. Il ne saura pas d'où cela lui vient. Elle est deux fois grosse comme Tiny Tim. Je suis sûr que Bob goûtera la plaisanterie ; jamais Joe Miller n'en a fait une pareille.»

Il écrivit l'adresse d'une main qui n'était pas très ferme, mais il l'écrivit pourtant, tant bien que mal, et descendit ouvrir la porte de la rue pour recevoir le commis du marchand de volailles. Comme il restait là debout à l'attendre, le marteau frappa ses regards.

« Je l'aimerai toute ma vie ! s'écria-t-il en le caressant de la main. Et moi qui, jusqu'à présent, ne le regardais jamais, je crois. Quelle honnête expression dans sa figure ! Ah ! le bon, l'excellent marteau ! Mais voici la dinde ! Holà ! hé ! Houp, houp ! comment vous va ? Un joyeux Noël !»

C'était une dinde, celle-là ! Non, il n'est pas possible qu'il se soit jamais tenu sur ses jambes, ce volatile ; il les aurait brisées en moins d'une minute, comme des bâtons de cire à cacheter. « Mais j'y pense, vous ne pourrez pas porter cela jusqu'à Camden-Town, mon ami, dit Scrooge ; il faut prendre un cab. »

Le rire avec lequel il dit cela, le rire avec lequel il paya la dinde, le rire avec lequel il paya le cab, et le rire avec lequel il récompensa le petit garçon ne fut surpassé que par le fou rire avec lequel il se rassit dans son fauteuil, essoufflé, hors d'haleine, et il continua de rire jusqu'aux larmes.

Ce ne lui fut pas chose facile que de se raser, car sa main continuait à trembler beaucoup ; et cette opération exige une grande attention, même quand vous ne dansez pas en vous faisant la barbe. Mais il se serait coupé le bout du nez, qu'il aurait mis tout tranquillement sur l'entaille un morceau de taffetas d'Angleterre sans rien perdre de sa bonne humeur.

A suivre...

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