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Un Chant de Noël - 9

Un Chant de Noël - 9

Quelle surprise pour ses confrères de la Cité, s'ils avaient pu entendre Scrooge dépenser tout ce que sa nature avait d'ardeur et d'énergie à s'extasier sur de tels souvenirs, moitié riant, moitié pleurant, avec un son de voix des plus extraordinaires, et voir l'animation empreinte sur les traits de son visage ! « Voilà le perroquet ! continua-t-il ; le corps vert et la queue jaune, avec une huppe semblable à une laitue sur le haut de la tête ; le voilà ! « Pauvre Robinson Crusoé ! » lui criait-il quand il revint au logis, après avoir fait le tour de l'île en canot. « Pauvre Robinson Crusoé, où avez-vous été, Robinson Crusoé ? » L'homme, croyait rêver, mais non, il ne rêvait pas. C'était le perroquet, vous savez. Voilà Vendredi courant à la petite baie pour sauver sa vie ! Allons, vite, courage, houp ! »

Puis, passant d'un sujet à un autre avec une rapidité qui n'était point dans son caractère, touché de compassion pour cet autre lui-même qui lisait ces contes : «Pauvre enfant ! » répéta-t-il, et il se mit encore à pleurer.

« Je voudrais... murmura Scrooge en mettant la main dans sa poche et en regardant autour de lui après s'être essuyé les yeux avec sa manche ; mais il est trop tard maintenant.

- Qui a-t-il ? demanda l'esprit.

- Rien, dit Scrooge, rien. Je pensais à un enfant qui chantait un Noël hier soir à ma porte ; je voudrais lui avoir donné quelque chose : voilà tout. »

Le fantôme sourit d'un air pensif, et de la main lui fit signe de se taire en disant : « Voyons un autre Noël. »

À ces mots, Scrooge vit son autre lui-même déjà grandi, et la salle devint un peu plus sombre et un peu plus sale. Les panneaux s'étaient fendillés, les fenêtres étaient crevassées, des fragments de plâtre étaient tombés du plafond, et les lattes se montraient à découvert. Mais comment tous ces changements à vue se faisaient-ils ? Scrooge ne le savait pas plus que vous. Il savait seulement que c'était exact, que tout s'était passé comme cela, qu'il se trouvait là, seul encore, tandis que tous les autres jeunes garçons étaient allés passer les joyeux jours de fête dans leurs familles.

Maintenant il ne lisait plus, mais se promenait de long en large en proie au désespoir. Scrooge regarda le spectre ; puis, avec un triste hochement de tête, jeta du côté de la porte un coup d'oeil plein d'anxiété.

Elle s'ouvrit ; et une petite fille, beaucoup plus jeune que l'écolier, entra comme un trait ; elle passa ses bras autour de son cou et l'embrassa plusieurs fois en lui disant :

« Cher, cher frère ! Je suis venue pour vous emmener à la maison, cher frère, dit-elle en frappant ses petites mains l'une contre l'autre, et toute courbée en deux à force de rire. Vous emmener à la maison, à la maison, à la maison !

- À la maison, petite Fanny ? répéta l'enfant.

- Oui, dit-elle radieuse. À la maison, pour tout de bon, à la maison, pour toujours, toujours. Papa est maintenant si bon, en comparaison de ce qu'il était autrefois, que la maison est comme un paradis ! Un de ces soirs, comme j'allais me coucher, il me parla avec une si grande tendresse, que je n'ai pas eu peur de lui demander encore une fois si vous ne pourriez pas venir à la maison ; il m'a répondu que oui, que vous le pouviez, et m'a envoyée avec une voiture pour vous chercher. Vous allez être un homme ! ajouta-t-elle en ouvrant de grands yeux ; vous ne reviendrez jamais ici ; mais d'abord, nous allons demeurer ensemble toutes les fêtes de Noël, et passer notre temps de la manière la plus joyeuse du monde.

- Vous êtes une vraie femme, petite Fanny ! », s'écria le jeune garçon.

Elle battit des mains et se mit à rire ; ensuite elle essaya de lui caresser la tête ; mais, comme elle était trop petite, elle se mit à rire encore, et se dressa sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Alors, dans son empressement enfantin, elle commença à l'entraîner vers la porte, et lui, il l'accompagnait sans regret.

Une voix terrible se fit entendre dans le vestibule : « Descendez la malle de master Scrooge, allons ! » Et en même temps parut le maître en personne, qui jeta sur le jeune M. Scrooge un regard de condescendance farouche, et le plongea dans un trouble affreux en lui secouant la main en signe d'adieu. Il l'introduisit ensuite, ainsi que sa sœur, dans la vieille salle basse, la plus froide qu'on ait jamais vue, véritable cave, où les cartes suspendues aux murailles, les globes célestes et terrestres dans les embrasures de fenêtres, semblaient glacés par le froid. Il leur servit une carafe d'un vin singulièrement léger, et un morceau de gâteau singulièrement lourd, régalant lui-même de ces friandises le jeune couple, en même temps qu'il envoyait un domestique de chétive apparence pour offrir « quelque chose » au postillon, qui répondit qu'il remerciait bien monsieur, mais que, si c'était le même vin dont il avait déjà goûté auparavant, il aimait mieux ne rien prendre. Pendant ce temps-là on avait attaché la malle de maître Scrooge sur le haut de la voiture ; les enfants dirent adieu de très grand cœur au maître, et, montant en voiture, ils traversèrent gaiement l'allée du jardin ; les roues rapides faisaient jaillir, comme des flots d'écume, la neige et le givre qui recouvraient les sombres feuilles des arbres.

« Ce fut toujours une créature délicate qu'un simple souffle aurait pu flétrir, dit le spectre... Mais elle avait un grand cœur.

- Oh ! oui, s'écria Scrooge. Vous avez raison. Ce n'est pas moi qui dirai le contraire, esprit, Dieu m'en garde !

- Elle est morte mariée, dit l'esprit, et a laissé deux enfants, je crois. - Un seul, répondit Scrooge.
- C'est vrai, dit le spectre, votre neveu. »
Scrooge parut mal à l'aise et répondit brièvement : « Oui. »

Quoiqu'ils n'eussent fait que quitter la pension en ce moment, ils se trouvaient déjà dans les rues populeuses d'une ville, où passaient et repassaient des ombres humaines, où des ombres de charrettes et de voitures se disputaient le pavé, où se rencontraient enfin le bruit et l'agitation d'une véritable ville. On voyait assez clairement, à l'étalage des boutiques, que là aussi on célébrait le retour de Noël ; mais c'était le soir, et les rues étaient éclairées. Le spectre s'arrêta à la porte d'un certain magasin, et demanda à Scrooge s'il le reconnaissait.

« Si je le reconnais ! dit Scrooge. N'est-ce pas ici que j'ai fait mon apprentissage ? »

Ils entrèrent. À la vue d'un vieux monsieur en perruque galloise, assis derrière un pupitre si élevé, que, si le gentleman avait eu deux pouces de plus, il se serait cogné la tête contre le plafond, Scrooge s'écria en proie à une grande excitation :

« Mais c'est le vieux Fezziwig ! Dieu le bénisse ! C'est Fezziwig ressuscité ! »

Le vieux Fezziwig posa sa plume et regarda l'horloge, qui marquait sept heures. Il se frotta les mains, rajusta son vaste gilet, rit de toutes ses forces, depuis la plante des pieds jusqu'à la pointe des cheveux, et appela d'une voix puissante, sonore, riche, pleine et joviale :

« Holà ! oh ! Ebenezer ! Dick ! »

L'autre Scrooge, devenu maintenant un jeune homme, entra lestement, accompagné de son camarade d'apprentissage .

« C'est Dick Wilkins, pour sûr ! dit Scrooge au fantôme... Oui, c'est lui ; miséricorde ! le voilà. Il m'était très attaché, le pauvre Dick ! ce bien cher Dick !

- Allons, allons, mes enfants ! s'écria Fezziwig, on ne travaille plus ce soir. C'est la veille de Noël, Dick. C'est Noël, Ebenezer ! Vite, mettons les volets, cria le vieux Fezziwig en faisant gaiement claquer ses mains. Allons tôt ! comment ! ce n'est pas encore fait ?

A suivre...

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